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Publié le 27 août 2026 · Par Vincent KENNEL

Dépendances entre tâches : les quatre liens et les décalages

Un planning peut figer des dates ou déclarer des dépendances. Ce choix décide de ce que le document sait répondre quand la réalité bouge, et il commande le reste : ce qu'un lien affirme du travail réel, pourquoi il en existe quatre types, ce qu'un décalage y ajoute.

Un tableau de liège où des fiches épinglées forment un réseau de tâches reliées par des flèches bleues. De START partent trois chemins : DESIGN 5d puis BUILD 10d, SOURCE 5d, et SPECIFY 5d puis PREPARE 5d. Ils convergent sur INTEGRATE 5d, qui se dédouble vers REVIEW 5d et TEST 5d avant de rejoindre DELIVER 2d puis FINISH. Deux mains épinglent une fiche supplémentaire, PROCURE 10d, en amont de SOURCE.
En bref

Une dépendance est une relation logique entre deux activités d'un planning, ou entre une activité et un jalon (PMI Lexicon of Project Management Terms, 2012). Il en existe quatre types parce qu'un lien relie deux extrémités de tâches, et non deux tâches. Le décalage est la distance imposée sur ce lien, positive ou négative.

Un fournisseur annonce trois semaines de retard. La question posée en comité n'est pas celle de la nouvelle date de livraison, mais celle du jalon contractuel situé quatre mois plus loin. Un planning tenu comme une liste de dates ne répond pas : il faut le reprendre à la main, tâche après tâche. Un planning tenu comme un réseau répond, parce que la réponse y a été déclarée à l'avance.

Ce qu'est un réseau de dépendances

La relation logique

Le PMI Lexicon of Project Management Terms, 2012, définit la relation logique comme une dépendance entre deux activités, ou entre une activité et un jalon. Le Guide PMBOK, 6e édition, 2017, reprend cette définition mot pour mot. La précision sur le jalon n'est pas décorative : un jalon contractuel se relie comme une tâche, et c'est ce qui permet à un glissement amont de le déplacer au lieu de le laisser flotter comme une date affichée.

Le diagramme de réseau est, toujours selon le Lexicon, la représentation graphique de ces relations logiques. L'objet, ce sont les relations ; les dates n'en sont que la sortie. Modifier une durée ne se reporte pas à la main, le réseau repositionne ce qui suit.

Pourquoi quatre types de liens, et pas cinq

On lit partout qu'il existe quatre types de liens, rarement pourquoi il y en a quatre. La raison tient en une phrase : un lien ne relie pas deux tâches, il relie deux extrémités de tâches. Le lien part d'une extrémité du prédécesseur et arrive sur une extrémité du successeur. Deux extrémités par deux extrémités donnent quatre combinaisons, ni plus ni moins.

Le Lexicon et le Guide PMBOK 6e édition les définissent toutes les quatre par ce que le successeur ne peut pas faire tant que le prédécesseur n'a pas fait quelque chose. Ce que chacune déclare du travail réel est plus utile que sa définition.

  • Le fin-début dit que le successeur a besoin du produit fini du prédécesseur.
  • Le début-début dit que le successeur travaille sur le même front, derrière.
  • Le fin-fin dit que le successeur ne peut pas être clos tant que le prédécesseur produit encore.
  • Le début-fin dit que c'est l'entrée en service de l'aval qui libère la fin de l'amont.

Le Guide PMBOK, 4e édition française, 2008, fixe la nomenclature de référence en français, et nomme le prédécesseur activité antécédente. Les sigles anglais restent utiles : ce sont eux que les outils affichent.

LiaisonSigle françaisSigle anglais
Liaison fin-débutFDFS
Liaison début-débutDDSS
Liaison fin-finFFFF
Liaison début-finDFSF

Le quatrième inquiète. Le Guide PMBOK 6e édition écrit qu'il est très rarement employé, et qu'il figure dans la liste pour la rendre complète. Le PMI Practice Standard for Scheduling, 3e édition, 2019, en donne un cas, dont la justification est presque toujours tronquée quand l'exemple circule : il n'est pas praticable de donner une logique propre aux activités d'un fournisseur, alors que l'équipe veut que le chantier commande les dates de livraison. Le prédécesseur pilotant toujours le successeur, le début-fin est la construction qui produit ce résultat.

Deux tâches, A au-dessus et B en dessous, chacune montrant son début et sa fin. Quatre cordons relient une extrémité de A à une extrémité de B : début-début, fin-début, début-fin et fin-fin. Ces quatre combinaisons sont les seules possibles.
Un lien relie deux extrémités de tâches : le croisement en produit exactement quatre

Le décalage, la distance portée par le lien

Un lien peut porter une distance. Le Lexicon appelle retard le temps dont le successeur doit être décalé par rapport au prédécesseur, et avance le temps dont il peut être avancé ; le Guide PMBOK 6e édition note que les outils codent le plus souvent l'avance comme un retard négatif. Le Dictionnaire de management de projet de l'AFITEP, 3e édition, AFNOR, 1996, le formule plus simplement : la liaison porte une durée, positive, nulle ou négative.

C'est là que les liens et les décalages cessent d'être deux sujets. Un même « plus deux jours » ne dit pas la même chose selon la flèche qui le porte. Sur un fin-début, ce sont deux jours après la fin du prédécesseur. Sur un début-début, deux jours après son début. On ne choisit donc pas un type de lien puis un décalage : on déclare une distance entre deux extrémités désignées.

Deux panneaux comparent les mêmes tâches A et B. En haut, un décalage FS +2 se mesure à partir de la fin de A et B commence plus tard. En bas, un décalage SS +2, de valeur identique, se mesure à partir du début de A et B commence plus tôt.
Le même décalage, deux points d'ancrage, deux plannings

Reste une question que presque personne ne pose : deux jours comptés sur quel calendrier ? Une seule référence y répond, la Recommended Practice No. 29R-03 de l'AACE International, révision du 25 avril 2011, qui rattache le décalage au calendrier du prédécesseur.

À quoi ça sert, sur un projet sous contrat à terme

Trois règles se tirent de ce qui précède, et se vérifient sur n'importe quel planning.

Les interfaces se déclarent par des liens, pas par des dates. Le Delay and Disruption Protocol de la Society of Construction Law, 2e édition, 2017, demande que les interfaces du maître d'ouvrage soient modélisées en les reliant logiquement aux activités du titulaire, et non au moyen de dates fixes ; il demande aussi que les avances et retards excessifs soient évités et justifiés dans la note de planning. C'est une pratique de planning contractuel, pas une obligation de droit français, et elle change la nature du document : un planning dont les interfaces sont des dates fixes n'est plus un modèle, c'est un affichage.

Un lien n'est pas une contrainte de date. Une date figée immobilise la tâche : le réseau cesse de recalculer autour d'elle, et un glissement amont n'apparaît plus en aval. Le lien déclare une relation, la contrainte déclare une date. Sur un marché, ce sont les liens qui portent les interfaces.

Le fin-début est le défaut, tout le reste se justifie. Le GAO Schedule Assessment Guide, GAO-16-89G, décembre 2015, pose que la majorité des relations d'un planning détaillé devraient être des fin-début, et le PMI Practice Standard for Scheduling 2019 en donne la raison : ce sont celles qui produisent les calculs les plus simples du modèle. Les trois autres ne sont pas interdits pour autant, ils demandent une raison.

Le travail ne se cache pas dans un décalage. Un décalage ne consomme aucune ressource, écrit le GAO, et ne doit donc pas remplacer de l'effort. Le PMI Practice Standard for Scheduling 2019 ajoute que lorsqu'un décalage cache du travail, ce travail devrait apparaître comme une activité. Le test tient en un couple. Vingt et un jours de mûrissement d'un béton sont un décalage légitime, personne ne travaille pendant ce temps. Six semaines de fabrication chez un fournisseur ne sont pas un décalage, c'est une tâche, avec un responsable et un avancement. Francis et Miresco, 2012, distinguent ainsi le décalage de nature technique de celui qui masque une charge.

D'où ça vient

Le modèle fondateur ne connaissait qu'un seul lien. Kelley et Walker, dans Critical-Path Planning and Scheduling, présenté à l'Eastern Joint Computer Conference de Boston en décembre 1959, écrivent qu'il est tacitement supposé que chaque tâche est entièrement terminée avant qu'aucune de ses suivantes ne commence. Fin-début, décalage nul, rien d'autre. Le mécanisme du décalage n'existait pas : un délai de livraison y était traité comme une tâche.

Le diagramme à nœuds naît ailleurs, et pour une autre raison. John Fondahl l'a racontée lui-même dans Precedence Diagramming Methods: Origins and Early Development, Project Management Journal, volume XVIII, juin 1987. Le travail commence sur un contrat du Bureau of Yards and Docks de l'US Navy, pour trois ans à compter du 1er juillet 1958, et le modèle vient des schémas de flux de l'ingénierie industrielle, où une opération se représente par un cercle. Fondahl découvre le CPM en juin 1959 et choisit de ne pas basculer vers la flèche pour un motif unique, qu'il donne sans détour : le diagramme fléché imposait des activités fictives, une complication qu'il jugeait inutile.

Le nom vient d'ailleurs encore. Toujours selon Fondahl, une annonce d'IBM au début de 1964 pour le Project Control System du 1440 impose l'expression precedence diagramming, qu'il adopte en jugeant qu'avec l'usage d'IBM l'étiquette finirait par s'imposer. Moder, Phillips et Davis, dans Project Management with CPM, PERT and Precedence Diagramming, 3e édition, 1983, rapportent la même filiation.

Reste le plus intéressant, et il vient de l'inventeur. Fondahl écrit en 1987 que les applications informatiques recouraient tellement aux décalages que des erreurs de logique apparaissaient, et que les décalages avaient détruit la simplicité de la méthode. Il se déclare resté puriste : partisan du diagramme à nœuds, ou du diagramme de précédence à condition d'un usage prudent et limité des décalages.

En France, au même moment et indépendamment selon ses biographes, Bernard Roy développe une approche à nœuds distincte, à partir d'un problème d'ordonnancement de construction rencontré en 1958 (Bouyssou et Vanderpooten, dans Profiles in Operations Research: Pioneers and Innovators, Springer, 2011).

En résumé

Un lien se relit comme une déclaration, et trois questions suffisent à le vérifier. Quelles extrémités il joint. Ce qu'il affirme du travail réel. Si son décalage cache du travail qui devrait être une tâche. Un lien auquel on ne sait répondre sur aucun des trois points est à retirer ou à réécrire. Sur un planning de plusieurs milliers de liens, la relecture commence par les chaînes qui portent les jalons contractuels.

Stop guessing. See the real impact.

Questions fréquentes

Q.Faut-il utiliser le lien début-fin ?

Il est le plus rare des quatre, et un planning correct se construit sans lui. Le GAO observe que les séquences invoquées pour le justifier se réécrivent le plus souvent en logique fin-début simple, en subdivisant une activité ou en choisissant un meilleur prédécesseur. Le connaître sert surtout à reconnaître ceux qu'on rencontre dans un planning reçu.

Q.Un décalage négatif, est-ce la même chose qu'un chevauchement ?

Non. Le chevauchement est la situation, le décalage négatif un moyen de la déclarer, et l'AFITEP prescrit en effet un délai négatif pour un chevauchement sur une liaison fin-début. Il en existe un autre, souvent meilleur : Moder, Phillips et Davis rappellent que le même résultat s'obtient sans décalage négatif, en passant au début-début.

Q.Est-ce que ce sont les liens qui déterminent le chemin critique ?

Oui. Il se calcule sur le réseau, donc sur les liens autant que sur les durées. Son calcul et les marges qui en découlent forment un sujet à part entière.

Références

  • AACE International - AACE No. 29R-03 - Forensic Schedule Analysis - Rev 2011-04-25
  • Adel Francis, Edmond T. Miresco - Computing construction logic in a multi-calendar environment using the Chronographic Method - 2012
  • AFNOR, AFITEP - Dictionnaire de management de projet français-anglais-espagnol - 3e édition, 1996
  • Denis Bouyssou, Daniel Vanderpooten - Bernard Roy, Profiles in Operations Research: Pioneers and Innovators - 2011
  • GAO - GAO-16-89G - Schedule Assessment Guide - Best Practices for Project Schedules - 2015
  • James E. Kelley Jr., Morgan R. Walker - Critical-Path Planning and Scheduling - 1959
  • Joseph J. Moder, Cecil R. Phillips, Edward W. Davis - Project Management with CPM, PERT and Precedence Diagramming - 3rd edition, 1983
  • PMI - PMI Practice Standard for Scheduling - 3rd edition, 2019
  • PMI - Precedence Diagramming Methods - Origins and Early Development - 1987
  • PMI - PMI Lexicon of Project Management Terms - 2012
  • PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 6th Edition - 2017
  • PMI - Guide du corpus des connaissances en management de projet (Guide PMBOK) - 4e édition - 2008
  • SCL - Delay and Disruption Protocol - 2nd edition, 2017
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