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Publié le 29 août 2026 · Par Vincent KENNEL
Le périmètre du projet : ce qui est dedans, ce qui est dehors
Périmètre du projet : la définition fait consensus, sa frontière beaucoup moins. Ce que les standards ont déplacé en vingt-cinq ans, et pourquoi trois institutions vérifient aujourd'hui que les exclusions sont écrites.
En bref
Le périmètre d'un projet, c'est l'ensemble des travaux autorisés pour atteindre les objectifs convenus (NF ISO 21502:2021). Ce qui n'y est pas explicitement inclus en est implicitement exclu : écrire les exclusions n'est donc pas une précaution de rédaction, c'est ce qui délimite l'engagement.
Un périmètre mal écrit ne se paie pas au moment où on l'écrit. Une enquête de 2008 auprès de 183 répondants, sur des projets australiens de construction et d'infrastructure de plus de 20 millions de dollars australiens, situe l'apparition des insuffisances de périmètre en phase d'exécution dans 64 % des cas, contre 27 % en phase de définition. À ce stade, les parties sont liées par contrat : elles s'y replient plutôt que d'ajuster, et ce qui aurait été une décision devient une négociation.
Ce que recouvre le périmètre d'un projet
La définition de référence a trente ans et n'a pas bougé. Le PMBOK Guide, édition 1996, pose que le management du contenu réunit les processus qui garantissent que le projet comprend tout le travail requis, et seulement le travail requis, pour aboutir, et qu'il porte d'abord sur la définition et le contrôle de ce qui est inclus et de ce qui ne l'est pas. La phrase est reprise mot pour mot dans l'édition 2000, à un mot près dans la 3e édition (2004), et à l'identique dans la 6e édition (2017).
Le même texte de 1996 distingue deux objets sous un seul mot. Le périmètre du produit désigne les caractéristiques et les fonctions attendues ; le périmètre du projet désigne le travail à accomplir pour les livrer. La distinction n'est pas scolaire : on ne délimite pas de la même façon un objet et l'effort qui le produit.
Les autres référentiels ajoutent chacun une pièce. La NF ISO 21502:2021 ajoute l'autorisation, en définissant le contenu d'un projet comme les travaux autorisés pour atteindre les objectifs convenus : le second mot déplace le sujet du document vers l'engagement. PRINCE2 7 (2023) passe par les produits, l'ensemble des produits convenus définissant le périmètre. Et l'Individual Competence Baseline 4.0 de l'IPMA (2015) est le seul référentiel à inscrire l'exclusion dans la définition elle-même, le périmètre y décrivant aussi son contrepoint, ce qui n'est pas contenu dans le projet.
Une formulation sort du lot parce qu'elle dit le statut plutôt que le contenu. Le rapport Scope for Improvement (2008) écrit que le périmètre d'un projet est l'expression contractuelle des exigences du maître d'ouvrage. Aucun référentiel normatif ne le formule ainsi, et c'est pourtant de cela qu'il s'agit sur un projet sous contrat.
Contenu ou périmètre : pourquoi les deux mots
Le mot dépend de l'émetteur, et ce n'est pas une erreur de lecture.
Côté AFNOR, le terme est « contenu », et c'est un domaine de management à part entière, au même rang que les délais, les coûts et les risques : la NF X 50-115:2017 intitule le sien « Domaine du management du contenu ». Le mot « périmètre » existe pourtant dans cette même norme, dix-neuf fois, mais aucune de ces occurrences ne désigne le contenu du projet. Le PMI tranche dans le même sens quand il se traduit lui-même : le Guide PMBOK, 4e édition française (2008), rend scope par contenu et scope creep par dérive du contenu.
Côté Commission européenne, le terme est « périmètre ». La version française du Guide PM² 3.1 (Office des publications de l'Union européenne, 2025) emploie cinquante-sept fois « périmètre » et jamais « contenu », et elle intitule sa discipline « Gestion du périmètre ». Deux institutions publiques francophones nomment donc la même discipline de deux façons opposées, dans la même décennie, intitulé officiel contre intitulé officiel.
Une pièce les articule, et c'est la seule du corpus français : l'annexe A de la NF X 50-115:2017, qui propose une trame de note de cadrage, place « Périmètre » parmi les sous-éléments descriptifs de la rubrique « Contenu des prestations et exigences associées ». Cette annexe est informative, la norme le précise elle-même.
L'organigramme des tâches n'est pas le périmètre. Il en est une représentation possible, et depuis 2021 ce n'est plus la seule : la NF ISO 21502:2021 prévoit que le contenu peut être défini en termes d'objectifs du projet, de cartographie, ou dans un organigramme des tâches. Ce qu'il apporte en revanche, c'est un contenant qui fait foi. Le PMBOK Guide, édition 1996, pose que le travail absent de l'organigramme des tâches est hors du périmètre du projet, et le NASA Work Breakdown Structure Handbook (2025) écrit exactement la même chose. Le découpage lui-même, ses niveaux et ses règles, relève d'un autre sujet.
À quoi sert le périmètre sur un projet sous contrat
Le périmètre est un objet contractuel avant d'être un document de méthode, et sa frontière est une borne juridique.
En droit français de la commande publique, cette borne est écrite. L'article L2194-1 du code de la commande publique (version en vigueur consultée le 20 août 2026) dispose que les modifications, qu'elles soient apportées par voie conventionnelle ou unilatéralement par l'acheteur, ne peuvent changer la nature globale du marché. L'article R2194-7 dit quand elle est franchie : une modification est substantielle, notamment, lorsqu'elle modifie considérablement l'objet du marché, lorsqu'elle introduit des conditions qui auraient attiré d'autres candidats, lorsqu'elle déplace l'équilibre économique en faveur du titulaire, ou lorsqu'elle revient à changer de titulaire.
Le droit fédéral américain pose la même limite dans une autre langue. La clause de modifications de la Federal Acquisition Regulation (FAR 52.243-1, édition d'août 1987) autorise l'acheteur à ordonner des changements par écrit, avec ajustement équitable du prix, du délai ou des deux, mais seulement à l'intérieur du périmètre général du contrat.
La conséquence tient en une phrase : la frontière du périmètre est l'endroit où le régime change. En deçà, un avenant ordinaire ; au-delà, ce n'est plus une modification du marché mais un autre marché, et la mise en concurrence initiale s'en trouve remise en cause. C'est aussi pourquoi le document qui porte le périmètre engage. Le MIL-HDBK-245D (révision D, 3 avril 1996), manuel de rédaction des énoncés de travaux du département de la Défense américain, l'écrit sans détour : l'énoncé des travaux définit le contrat et relève de l'interprétation du droit des contrats.
Reste que les deux parties ne voient pas le même périmètre. Toujours dans Scope for Improvement (2008), sur les mêmes projets australiens, 38 % des maîtres d'ouvrage jugent leurs projets insuffisamment définis avant d'aller au marché, contre 65 % des titulaires interrogés.
Ce qui est écrit dehors, et ce que personne n'a écrit
La frontière d'un périmètre n'a pas deux côtés, elle en a trois.
Il y a ce qui est écrit dedans, l'énoncé du contenu et les livrables. Il y a ce qui est écrit dehors, les exclusions explicites. Et il y a une troisième zone, celle de ce que personne n'a écrit : dehors en droit, dedans dans les têtes.
Dehors en droit, parce que la règle par défaut est dure, et ancienne. Le PMBOK Guide, édition 1996, la pose en deux lignes reprises sans changement dans l'édition 2000 : quand elles sont connues, les exclusions devraient être identifiées, mais tout ce qui n'est pas explicitement inclus est implicitement exclu. PRINCE2 7 (2023) dit la même chose du côté des attentes, en posant que les besoins et attentes non consignés dans un produit de management approuvé ne font pas partie du périmètre du projet.
Dedans dans les têtes, parce qu'une règle par défaut ne dit rien de ce que l'autre partie a compris. Le PMI l'admet dès sa 3e édition (2004), qui introduit un critère cognitif : on énonce explicitement ce qui est exclu du projet lorsqu'une partie prenante pourrait supposer qu'un produit, un service ou un résultat particulier en fait partie. Le critère n'est pas administratif. Ce n'est pas ce qui semble douteux à l'équipe projet qui s'exclut, c'est ce qu'un autre pourrait raisonnablement croire inclus.
Le dedans, le dehors, et la strate du jamais-écrit
La strate du jamais-écrit n'est pas un troisième statut juridique : c'est l'écart entre ce que le contrat exclut et ce que les parties prenantes supposent inclus.
Écrire le hors-périmètre n'a rien de théorique, et les formes existent déjà. La plus explicite du corpus français est contractuelle : le Dictionnaire de management de projet français-anglais-espagnol de l'AFITEP et de l'AFNOR (3e édition, 1996) recommande de compléter les limites de fourniture par une liste d'exclusions, explicitant les matériels ou services sur lesquels des contestations pourraient survenir du fait d'habitudes de travail différentes. Côté institutionnel, le NASA Work Breakdown Structure Handbook (2025) apparie systématiquement une phrase d'inclusion et une phrase d'exclusion dans son dictionnaire. La norme spatiale ECSS-M-ST-10C Rev.1 (2009) fait des tâches exclues l'un des dix-huit éléments obligatoires de la description d'un lot de travaux, et la note Statement of Work (SoW) de Mosaic Projects (2011) en donne le modèle de phrase.
Là où le sujet cesse d'être une affaire d'hygiène rédactionnelle, c'est quand l'exclusion écrite devient un point de contrôle vérifié.
Émetteur
Document
Ce qu'il exige
NASA
Standard Operating Procedure Instruction, révision 6.0 du 23 mai 2017
Les règles de base et hypothèses doivent éclairer ce qui est inclus et, souvent plus important encore, ce qui est exclu de l'estimation et du périmètre. La grille de notation associée gradue le critère de « toutes les exclusions fournies » à « aucune exclusion fournie »
GAO
Cost Estimating and Assessment Guide, mars 2009
Le relecteur doit établir que toutes les hypothèses et exclusions sur lesquelles repose l'estimation sont clairement identifiées, expliquées et raisonnables
AACE International
Recommended Practice 17R-97, révision du 6 mars 2019
Le document de base d'une estimation documente notamment les hypothèses et les exclusions retenues, et l'estimation est incomplète sans lui
Deux administrations et une association professionnelle, sur trois documents sans lien éditorial : ne pas écrire ses exclusions y est une non-conformité, pas une maladresse.
D'où ça vient : vingt-cinq ans de déplacement vers l'exclusion
Le périmètre est une fonction du corpus du PMI de longue date. Elle apparaît sous ce nom dès août 1983 dans le Project Management Quarterly, sous la plume d'Oliver ; en août 1986, Woolshlager la présente dans le Project Management Journal comme la première d'une série de sept fonctions issues du projet interne n° 121 ; en 1987, Wideman en compte huit dans PM Network, et le périmètre y est toujours cité en premier. Rien n'oblige alors à écrire ce qui est exclu : l'article consacré au périmètre dans le numéro spécial de 1987 l'établit par inclusion seulement. Le déplacement part donc de zéro.
La suite se lit édition par édition.
1996 et 2000 : les exclusions tiennent en une incise de deux lignes, logée dans le composant des livrables.
3e édition (2004) : elles sortent de l'incise et deviennent un composant nommé, « Project boundaries », assorti du critère cognitif.
4e édition (2008) : le composant prend le nom de « Project exclusions », reconduit dans la 5e édition (2013).
6e édition (2017) : la liste des composants de l'énoncé du contenu passe de seize à quatre. Les contraintes et les hypothèses en sortent, les exclusions restent. La même édition ajoute sept mots inédits : énoncer explicitement ce qui est hors périmètre aide à gérer les attentes des parties prenantes et peut réduire le scope creep.
7e édition (2021) : l'exclusion entre dans la définition même de l'énoncé du contenu, au glossaire, pendant que les hypothèses et les contraintes en sortent.
Vingt-cinq ans, huit éditions, et un sens constant : du facultatif vers le définitionnel, sans qu'aucune édition ne revienne en arrière.
La formulation française arrive plus tard, mais elle arrive. La NF X 50-115:2017 écrit que le management du contenu du projet permet de s'assurer que tout le travail requis par le projet, et seulement celui-ci, est effectué pour achever le projet avec succès. Vingt et un ans après la phrase du PMBOK Guide de 1996, la norme française en reprend la structure.
En résumé
Le geste tient en quelques lignes à écrire, et le critère qui les remplit date de 2004 : on exclut par écrit ce qu'une partie prenante pourrait raisonnablement croire inclus, et non ce qui paraît évident à l'équipe projet. C'est le seul filtre qui produise une liste courte plutôt qu'un inventaire.
Les formes sont disponibles et n'exigent ni outil ni méthode nouvelle : une liste d'exclusions annexée aux limites de fourniture, une phrase du type « ce document ne couvre pas la formation », un appariement d'un « comprend » et d'un « ne comprend pas » dans le dictionnaire de l'organigramme des tâches.
Le reste est une affaire de calendrier. Ce qui n'a pas été écrit se découvre en exécution, quand la correction ne dépend plus d'une décision d'équipe mais du contrat.
Stop guessing. See the real impact.
Questions fréquentes
Q.Faut-il un avenant dès qu'une tâche s'ajoute au projet ?
Pas nécessairement. Le code de la commande publique, version en vigueur, admet des modifications tant qu'elles ne changent pas la nature globale du marché, et la clause FAR 52.243-1 d'août 1987 les autorise à l'intérieur du périmètre général du contrat.
Q.Le scope creep, est-ce simplement un périmètre mal défini ?
Ce sont deux choses distinctes. PRINCE2 7 nomme scope creep les changements non maîtrisés d'un périmètre approuvé. Le PMBOK Guide, 6e édition (2017), relie les deux en notant que l'énoncé explicite du hors-périmètre peut le réduire, sans les confondre.
Q.Un périmètre doit-il être figé dès le début du projet ?
Il se stabilise tôt. La matrice de maturité d'AACE International, Recommended Practice 47R-11, révision de juillet 2012, écrite pour les industries minières, gradue la description du périmètre de générale à préliminaire puis à définie, et elle y arrive bien avant la fin. Ce qui continue de mûrir ensuite, ce sont ses traductions techniques.
Références
AACE International - AACE International Recommended Practice No. 17R-97 - Cost Estimate Classification System (révision du 6 mars 2019) - Revision of 6 March 2019
AACE International - AACE International Recommended Practice No. 47R-11 - Cost Estimate Classification System, As Applied in the Mining and Mineral Processing Industries - Rev. 6 July 2012
AFNOR - NF X50-115 - Management de projet et de programme, présentation générale - Décembre 2017
AFNOR - NF ISO 21502:2021 - Recommandations sur le management de projet - Juin 2021
AFNOR, AFITEP - Dictionnaire de management de projet français-anglais-espagnol - 3e édition, 1996
Blake Dawson, Australian Constructors Association, Infrastructure Partnerships Australia - Scope for Improvement 2008: A report on scoping practices in Australian construction and infrastructure projects - 2008
DoD - MIL-HDBK-245D - DoD Handbook for Preparation of Statement of Work (SOW) - Revision D, 3 April 1996
ECSS - ECSS-M-ST-10C Rev.1 - Space project management, Project planning and implementation - 2009
Federal Acquisition Regulation - FAR 52.243-1 Changes - Fixed-Price, and FAR 43.201 Authority to modify contracts - August 1987 edition
GAO - GAO-09-3SP Cost Estimating and Assessment Guide: Best Practices for Developing and Managing Capital Program Costs - March 2009
Légifrance - Code de la commande publique - modification du marché en cours d'exécution (L2194-1, R2194-1 à R2194-9) - Version en vigueur consultée le 20 août 2026
Mosaic Projects - Statement of Work (SoW) - 2011
NASA - Standard Operating Procedure Instruction - SRB Programmatic Assessment Process - Revision 6.0, 23 May 2017
NASA - NASA/SP-20250006071 - Work Breakdown Structure (WBS) Handbook - revision E, 2025
Office des publications de l'Union européenne - PM² Méthodologie de Gestion de Projet - Guide 3.1 - FR, 2025
PMI - L. C. Woolshlager - Scope Management - 1986
PMI - Scope Management (fonction du PMBOK, ligne de base ESA 1983) - 1983
PMI - Richard W. Cockfield - Scope Management (numéro spécial PMBOK 1987) - 1987
PMI - R. Max Wideman - The Framework: Part 1: The Rationale - 1987
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 2000 Edition - 2000
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 1996 Edition - 1996
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - Third Edition - 2004
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 4th Edition - 2008
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 7th Edition - 2021
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 5th Edition - 2013
PMI - A Guide to the Project Management Body of Knowledge (PMBOK Guide) - 6th Edition - 2017
PMI - Guide du corpus des connaissances en management de projet (Guide PMBOK) - 4e édition - 2008